chemin de la croix d’une infirmière en ce temps de pandémie COVID-19
Mon chemin de la croix Vendredi Saint, 10 avril 2020 en ce temps de pandémie COVID-19
Ginette Lafreniere
Première station : La condamnation
Depuis un mois déjà je sais que des milliers de gens autour du monde souffrent et meurent. La réalité du même sort se fait sentir de plus en plus à mesure que le virus COVID-19 se rapproche dans mon petit monde ici au Canada. Comme la condamnation de Jésus, « Quel mal a donc fait cet homme? » (Lc 23) Pourquoi certains innocents meurent? Qu’est-ce qu’on doit comprendre de tout ça? Est-ce que le même sort m’attend? Comme Jésus je me sens à la merci de ce qui se passe.
Deuxième station : Chargé de la croix
Ça y est. Le virus est rendu en Amérique du nord. Oh mon Dieu, regarde ce qui se passe aux États-Unis, ça se rapproche beaucoup trop rapidement! Le fardeau tout à coup est lourd. Qu’est-ce que je fais? Suis-je seul à porter cette croix? Qui m’aidera? Comme Jésus chargé de sa croix, « [Jésus] leur dit : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mc 8) Je me sens seule, comment vais-je passer à travers?
Troisième station : La première chute
Je me sens dépourvue. Je ne sais pas si je vais pouvoir tenir le coup. Comme Toi Jésus, je suis humaine, la croix est difficile à porter. Je crains que la route sera longue et pénible. Je ne peux pas désespérer. Je dois tenir le coup. Tout arrive pour une raison dit-on. Je cherche la raison, pourquoi moi, pourquoi maintenant?
Quatrième station : La rencontre avec maman
C’est ridicule ces nouveaux règlements! On ne peut plus visiter. Je m’ennuie. Je n’en peux plus. J’y vais. Je peux aller visiter mais il faut garder une distance de 2 mètres. Ce n’est certainement pas l’idéal, mais au moins je vois son visage et je peux confirmer pour moi-même qu’elle est correcte. Comme Toi Jésus, il devait être réconfortant pour Toi de voir, peut-être pour la dernière fois, ta maman. L’inconnu ajoute au stress. Qui attrapera le virus? Comment ça va finir tout ça? Qui s’en tirera indemne et qui y subira?
Cinquième station : Enfin de l’aide
Rien n’est plus pareil. Les commerces, les garderies, les services « non essentiels » sont choses du passé. Pour ceux et celles qui font partie des services « essentiels », ils se sentent surpassés par le volume de travail. Qui pourra nous aider? Comment pourraient-ils nous aider? Comme Toi Jésus, on accepte l’aide, avec ou sans expérience dans le domaine. « Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. » (Lc 23, 26) Avec l’arrivée des Simon de Cyrène on ajuste nos routines afin qu’entre nous, nous puissions partager la tâche et le fardeau. Dieu merci!
Sixième station : Le visage essuyé
Merci Véronique d’être là pour me réconforter, pour voir à mes besoins et démontrer de l’empathie. Dans ta douleur Jésus, j’imagine que la présence de Véronique qui est venue t’essuyer le visage, comme moi, tu en étais reconnaissant. Ce court moment de présence d’une bonne âme qui t’a reconnue et qui est venue à ta rencontre comme tu étais, certainement pas dans ton meilleur, tu as sans doute comme pour moi, retrouvé un brin d’espoir et un regain d’énergie. Merci à tous ceux qui ne peuvent pas faire notre travail, mais qui on le sait sont en périphérie et pensent à nous, prient et nous encouragent. Vous êtes essentiels dans nos yeux. Merci!
Septième station : Tombé une deuxième fois
Malgré, l’aide additionnelle, les prières et les encouragements, nous sommes humains. Notre corps, qui ne rajeunit pas, ressent la fatigue. Le stress, les activités continuelles et incessantes ajoutent une fatigue émotionnelle et jouent sur notre santé mentale. Comme Toi Jésus, on arrive à un point où on se dit; « je n’en peux plus. » Mais voilà que d’autres autour de nous continuent, heureusement.
Huitième station : La rencontre d’autres passants
Dans notre parcours comme Toi on rencontre des gens. Certains gens sont de bonnes gens et d’autres on s’en passerait bien. Hélas, voilà la réalité de la vie. À quoi ça sert de pleurer? D’accord c’est important de reconnaître nos émotions pour ne pas dire nos frustrations, mais en bout de ligne, il faut se reprendre en main et continuer notre calvaire. « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants! » (Lc 23) Pensez à nous, priez pour nous, mais ne pleurez pas pour nous. Occupez-vous plutôt de vos proches pour que le fardeau de notre travail (au moins dans le domaine de la santé) n’augmente pas au-delà de nos capacités.
Neuvième station : Tombé une troisième fois
Contrairement à la courbe de la pandémie, quand elle monte, nous risquons de tomber. Comme les cas augmentent, augmente aussi notre boulot. Certains d’entre nous allons aussi subir les effets du virus. Êtres travaillants « essentiels » ne nous fournit pas une immunité au virus. Nous aussi risquons de tomber. On n’est pas rendu au bout encore. Qu’est-ce qui nous attend? Jésus, je partage ta souffrance. Il faut se relever et continuer.
Dixième station : Dépouillé de nos vêtements
« Ils prirent ses habits; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : «ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » » (Jn 19,23) Alors que Toi ils t’ont déshabillé, nous on tire au sort qui portera de nouveaux habits pour continuer à fournir notre service essentiel. Comme ça devait être inconfortable pour Toi de ne plus être habillé comme tu en étais habitué. Nous aussi nous devons nous adapter au port de gants, de masque, ou des lunettes protectrices et en certain cas ces respirateurs plus épais et les habits à longues manches par-dessus nos habits ordinaires. Comme Toi Jésus, c’est pour que notre route au Calvaire s’accomplisse. Pourquoi aurions-nous droit au confort dans ce moment de souffrance. On tient le coup pour que le tout s’achève.
Onzième station : Cloué à la croix
On est cloué à nos maisons. Isolement imposé ou non, distanciation sociale, non comme Toi Jésus, nos clous sont loin de nous causer la douleur physique que tu as certainement ressentie. Mais le tourment psychique y était certainement aussi de la partie, c’est là que nous, comme Toi, nous nous sentons cloués à la croix.
Douzième station : La mort
D’abord, merci d’être mort sur la croix afin que nous retrouvions un jour la vie éternelle. Déjà des millions sont morts mondialement suite à ce fléau. Et comme Toi, avec très peu de soutien, de famille et d’amis à tes côtés, (dû aux circonstances et aux impositions de restriction aux familles et visiteurs dans les centres de santé) plusieurs meurent loin de leurs proches. Je prends ici un moment de réflexion et de prière pour tous ceux que nous avons perdus et que nous perdrons d’ici la fin de la pandémie. « Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l`Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. » (Jn 19, 28-30)
Treizième station : Dans les bras de maman
Quoi de plus réconfortant que de se retrouver dans les bras d’une maman débordante d’amour pour son enfant. Quand le tout sera accompli, je suis convaincue que, toutes les mamans, les papas et le personnes seules prendront dans leurs bras, leurs enfants et tous les êtres qui leurs sont chers. Et comme Marie, ceux qui auront survécu la pandémie prendront dans leurs bras les cendres de leurs proches qui auront pris leur dernier souffle pendant ce temps.
Quatorzième station : Mis au tombeau
Comme Jésus qui a été mis au tombeau, on déposera nos proches dans leur lieu de repos éternel. En espérant aussi mettre derrière nous la virulence du COVID-19, pour qu’à son tour lui aussi, il meurt. Après tout ceci, on aura plein de deuils à faire : deuil d’un ou de plusieurs proches qui nous auront quittés, deuil d’une nouvelle réalité où la vie ne sera plus pareille, deuil de notre situation économique qui pourra avoir été affectée par l’effet du virus sur notre société. Chacun aura à vivre un deuil pour y retrouver une nouvelle vie.


